22h 30 : on distribue des verres d’eau à la sortie du concert alors qu’un Olympia complet cherche sa voie vers la sortie, d’un pas hésitant, comme d’une envie de rester et de faire durer l’instant.

3 h plus tôt, la salle se remplissait faisant mentir les prêcheurs de la décadence qui ne croient plus en la jeunesse, si présente et plurielle à suivre l’enfant prodige du XVIIIème.

20 h 30 : Georgio entre sur scène et scande « L’Espoir Meurt en Dernier », premier titre d’Héra, la déesse du mariage et gardienne de l’amour, mais aussi le nom du second album du rappeur sorti en novembre dernier. Ce premier titre donne le ton d’un univers mélancolique et introspectif qui s’allie avec l’espoir et l’optimisme pour celui qui « a peur de mourir incompris comme Artaud », référence au génie torturé que fait raisonner le verbe de Georgio.

1h plus tard, c’est au détour d’un pogo magistral que Georgio nous fait tout oublier, alors qu’il invitait son public à son entrée sur scène à  « lâcher ses frustrations », celle d’une heure, d’une journée ou même d’un siècle. A son « Appel à la Révolte », moment phare de ses concerts où on découvre la folie et l’insouciance du rappeur aux textes écrits dans l’urgence et la douleur, le public répond avec la rage de la foi, celle qui nous fait se jeter dans un cercle dans lequel une centaine de personnes se rentre dedans, moyen de communication le plus prisé par une génération frustrée et frontale qui aime à s’abandonner dans ce cercle, tourbillon de la vie dont on peut savoir si l’on en sortira indemne parce que rien n’est jamais joué d’avance.

21 h 45 : Georgio s’adresse à son public et fait part de ses incertitudes quant à la politique, alors qu’il entame un morceau narrant le quotidien et les doutes d’un jeune homme qui, à la recherche de la reconnaissance paternelle, s’engage dans l’armée et en souffre. Ainsi Georgio, sans le vouloir, est un rappeur engagé, de ceux qui dénoncent les injustices du quotidien et rendent hommage aux hommes et aux femmes de l’ombre, que ce soit Svetlana, prostituée du XVIIIème ou le gardien d’un immeuble agressé pour sa transexualité.

15 minutes plus tard, alors qu’une heure et demie d’acclamations, de chant et de rage ont fait transpiré la jeunesse et leurs aînés et que la température ressentie est caniculaire, « Héros » réchauffe nos coeurs et refroidit nos corps tellement l’émotion est forte. Héros, c’est le moment de bilan, la prise de conscience de l’ascension et le sentiment du possible. Héros, c’est une histoire vraie, celle d’un rappeur qui quitte l’école pour fréquenter les auteurs et qui rappe ses premiers textes dans sa chambre exigüe avant de remplir un Olympia, mais aussi celle de la fraternité qu’on éprouve au concert, celui qui déplace les frontières et rompt les clivages , alors que Georgio nous invite à prendre le bras de nos voisins inconnus à qui on sourit, un peu gêné, mais heureux du partage, de la passion et de la vie alors que Sanka, « ce frère » connu en sixième, chauffe la foule pendant que Georgio observe et chante « je vois tout le monde qui saute aux concerts, je vois Sanka qui fait sauter me soeurs, qui fait sauter mes frères. »

22 h 20 : premier rappel et le retour du héros est triomphale. Allusion divine, « Ici-Bas » est un titre phare, de ceux qui éclairent et guident avec une ascension lente et un rythme progressif qui rappelle un voyage, celui de la vie avec des climax osés et des redescentes justes. C’est parce qu’on peut lire l’émotion dans sa voix qu’on croit à la sincérité de ce morceau initiatique dans lequel on entend « que le temps qui passe, c’est l’immortalité des souvenirs. », antithèse qui fait écho à ce concert où on a oublié le temps pour mieux s’en souvenir.

S’ensuit alors un freestyle qui atteste de la prodigalité de celui qui en moins deux ans a enchainé deux albums et deux tournées, et qui entend s’inscrire durablement dans la musique, sa musique, alors qu’il s’adresse avec confiance à la salle :« toi et moi, moi et le rap c’est loin d’être terminé. »

22 h 30 : on distribue des verres d’eau à la fin du concert alors qu’un Olympia complet cherche sa voie vers la sortie, d’un pas hésitant, comme d’une envie de rester et de faire durer l’instant, cet instant déjà passé mais dont on sait qu’il perdura dans l’immortalité de nos souvenirs.